L'aviation ne s'use que si l'on ne s'en sert pas !
"Je vous écris d’un pays où l’on ne vole pas. Où l’on ne vole plus.
Entendons nous bien, des avions arrivent et repartent, chargés de touriste venant passer quelques jours dans les temples superbes au milieu de paysages de rêve au sein d’une population dont l’accueil et le sourire surprennent quand on connait son histoire. Mais cette population est privée de ce qui nous semble être un acquis définitif. L’accès au ciel.
Pourtant, les aéroclubs ont vécu ici, créés par la puissance coloniale de l’époque. Des terrains furent construits, par les Français d’abord, à usage pacifique, puis par les Américains, à usage plus guerrier, par les Chinois enfin, pour faire décoller les MIG 21 qui s’alignent aujourd’hui tristement abandonnés sur certains parking.
J’ai diné ce soir avec nos amis et associés locaux dans l’un de ces nombreux restaurants khmers, simples mais d’excellente qualité, qui parsèment la capitale. Les chanteuses qui se succèdent sur la scène attirent peut-être davantage l’attention par leur plastique que par leur chanson, mais ce n’est pas ce qui fait briller les yeux de l’un des convives. 49 ans, 4500 heures de vol dont 1500 dans le siège d’un MIG 21, Secrétaire d’Etat dans un gouvernement précédent, il rêvait de notre liberté. Pilote occasionnel du seul avion léger encore en vol au Cambodge, un Cessna 150, il venait de comprendre que nous avions des projets qui pouvaient significativement modifier cette situation. Ce n’est pas tant la remise en vol d’un King Air destiné à un public d’affaires qui le mettait en transe, que l’annonce d’une volonté gouvernementale de permettre le développement d’une activité à fort contenu technologique destiné à former des jeunes à des métiers à plus forte valeur ajoutée que la production textile ou la sous-traitance de fabrication de chaussures.
Quand l’armée de l’air n’a plus un seul avion en état de vol, et seulement un ou deux hélicoptères de transport capables de décoller, que les compagnies aériennes nationales ont disparu les unes après les autres, il devient difficile de trouver les compétences de base permettant de ne pas dépendre complètement de l’étranger pour assurer sa défense ou le transport essentiel des touristes apporteurs de devises.
Et que croyez-vous qu’un Etat fasse dans cette situation pour assurer l’indépendance nationale ou l’essor de son économie ? Il choisit de développer une offre d’aviation légère à travers des projets d’écoles de pilotage et de formation de mécaniciens de base afin de bâtir son avenir. Ce choix implique l’ouverture des cieux, encore barrés par des règlements anachroniques datant de périodes troubles. Il y a loin de la coupe aux lèvres, du projet à sa concrétisation, mais le choix n’existe pas.
Quand on dispose de dix-neuf aérodromes sur un territoire de 500 km de long sur 400 de large, soit environ un tous les 120 km d’est en ouest et du nord au sud, dont trois seulement utilisés régulièrement, on réalise combien on gaspille l’actif de la nation en ne les utilisant pas.
Il est amusant de noter combien la vision d’un pays en fort développement est différente de celle de nos pays « adultes »…
Alors que les dictatures se démocratisent en libérant leur ciel, les démocraties ne semblent penser qu’à barrer le leur…
Les prochaines mesures de sûreté que l’on nous promet nous rapprochent toujours davantage du régime d’anciennes dictatures. Intentions de vol en région parisienne ? L’Espagne de Franco exigeait le dépôt d’un plan de vol pour des tours de piste…
Création permanente de zones P (pour pouvoir ouvrir le feu sur les impétrants potentiels !), de ZIT et d’espaces à pénétration contrôlée ? Regardons les cartes aéronautiques de l’Allemagne de l’Est avant la chute du mur…
Contrôles incessants de paperasses pourtant bien connues (et souvent mal comprises) sur certains aérodromes ? Mes yeux se tournent vers des pays d’Afrique au modèle démocratique hésitant…
Mais quand donc notre pays cessera-t-il de dresser sa population contre ses forces de l’ordre ? Jusqu’où peut aller la stupide ignorance des réalités du terrain au nom d’une démagogie sécuritaire qui fait hausser les épaules des porteurs d’uniformes les plus connaisseurs ?
Et cette situation se retrouve dans les domaines les plus sensibles, où l’on essaye de cacher derrière les meilleures intentions la déchéance des moyens réels et l’implication des citoyens les plus responsables. Lors d’un récent forum sur la sécurité organisé par la DGAC (superbement et très professionnellement d’ailleurs), il est rapidement apparu qu’il ne s’agissait pas de traiter des questions de fond, comme la disparition des moyens humains de support à notre activité (météo par exemple), mais de comprendre comment s’en passer au mieux.
La sécurité, comme la sûreté, passe d’abord par nous, et la responsabilisation de chacun. Que l’Etat garde à notre disposition les moyens pour lesquels nous payons déjà de lourds impôts, et faisons la police chez nous, sans inflation réglementaire et portails codés.
En tous cas, il va peut-être devenir plus facile et plus sûr de voler dans les ex-dictatures que dans les ex-démocraties. C’est sans doute ce qui s’annonce en Asie, qui parie largement sur le développement de l’aviation générale !
Avez-vous noté que New Piper a été racheté par le Sultan de Bruneï avec l’intention affichée de prendre ce marché ?"
Entendons nous bien, des avions arrivent et repartent, chargés de touriste venant passer quelques jours dans les temples superbes au milieu de paysages de rêve au sein d’une population dont l’accueil et le sourire surprennent quand on connait son histoire. Mais cette population est privée de ce qui nous semble être un acquis définitif. L’accès au ciel.
Pourtant, les aéroclubs ont vécu ici, créés par la puissance coloniale de l’époque. Des terrains furent construits, par les Français d’abord, à usage pacifique, puis par les Américains, à usage plus guerrier, par les Chinois enfin, pour faire décoller les MIG 21 qui s’alignent aujourd’hui tristement abandonnés sur certains parking.
J’ai diné ce soir avec nos amis et associés locaux dans l’un de ces nombreux restaurants khmers, simples mais d’excellente qualité, qui parsèment la capitale. Les chanteuses qui se succèdent sur la scène attirent peut-être davantage l’attention par leur plastique que par leur chanson, mais ce n’est pas ce qui fait briller les yeux de l’un des convives. 49 ans, 4500 heures de vol dont 1500 dans le siège d’un MIG 21, Secrétaire d’Etat dans un gouvernement précédent, il rêvait de notre liberté. Pilote occasionnel du seul avion léger encore en vol au Cambodge, un Cessna 150, il venait de comprendre que nous avions des projets qui pouvaient significativement modifier cette situation. Ce n’est pas tant la remise en vol d’un King Air destiné à un public d’affaires qui le mettait en transe, que l’annonce d’une volonté gouvernementale de permettre le développement d’une activité à fort contenu technologique destiné à former des jeunes à des métiers à plus forte valeur ajoutée que la production textile ou la sous-traitance de fabrication de chaussures.
Quand l’armée de l’air n’a plus un seul avion en état de vol, et seulement un ou deux hélicoptères de transport capables de décoller, que les compagnies aériennes nationales ont disparu les unes après les autres, il devient difficile de trouver les compétences de base permettant de ne pas dépendre complètement de l’étranger pour assurer sa défense ou le transport essentiel des touristes apporteurs de devises.
Et que croyez-vous qu’un Etat fasse dans cette situation pour assurer l’indépendance nationale ou l’essor de son économie ? Il choisit de développer une offre d’aviation légère à travers des projets d’écoles de pilotage et de formation de mécaniciens de base afin de bâtir son avenir. Ce choix implique l’ouverture des cieux, encore barrés par des règlements anachroniques datant de périodes troubles. Il y a loin de la coupe aux lèvres, du projet à sa concrétisation, mais le choix n’existe pas.
Quand on dispose de dix-neuf aérodromes sur un territoire de 500 km de long sur 400 de large, soit environ un tous les 120 km d’est en ouest et du nord au sud, dont trois seulement utilisés régulièrement, on réalise combien on gaspille l’actif de la nation en ne les utilisant pas.
Il est amusant de noter combien la vision d’un pays en fort développement est différente de celle de nos pays « adultes »…
Alors que les dictatures se démocratisent en libérant leur ciel, les démocraties ne semblent penser qu’à barrer le leur…
Les prochaines mesures de sûreté que l’on nous promet nous rapprochent toujours davantage du régime d’anciennes dictatures. Intentions de vol en région parisienne ? L’Espagne de Franco exigeait le dépôt d’un plan de vol pour des tours de piste…
Création permanente de zones P (pour pouvoir ouvrir le feu sur les impétrants potentiels !), de ZIT et d’espaces à pénétration contrôlée ? Regardons les cartes aéronautiques de l’Allemagne de l’Est avant la chute du mur…
Contrôles incessants de paperasses pourtant bien connues (et souvent mal comprises) sur certains aérodromes ? Mes yeux se tournent vers des pays d’Afrique au modèle démocratique hésitant…
Mais quand donc notre pays cessera-t-il de dresser sa population contre ses forces de l’ordre ? Jusqu’où peut aller la stupide ignorance des réalités du terrain au nom d’une démagogie sécuritaire qui fait hausser les épaules des porteurs d’uniformes les plus connaisseurs ?
Et cette situation se retrouve dans les domaines les plus sensibles, où l’on essaye de cacher derrière les meilleures intentions la déchéance des moyens réels et l’implication des citoyens les plus responsables. Lors d’un récent forum sur la sécurité organisé par la DGAC (superbement et très professionnellement d’ailleurs), il est rapidement apparu qu’il ne s’agissait pas de traiter des questions de fond, comme la disparition des moyens humains de support à notre activité (météo par exemple), mais de comprendre comment s’en passer au mieux.
La sécurité, comme la sûreté, passe d’abord par nous, et la responsabilisation de chacun. Que l’Etat garde à notre disposition les moyens pour lesquels nous payons déjà de lourds impôts, et faisons la police chez nous, sans inflation réglementaire et portails codés.
En tous cas, il va peut-être devenir plus facile et plus sûr de voler dans les ex-dictatures que dans les ex-démocraties. C’est sans doute ce qui s’annonce en Asie, qui parie largement sur le développement de l’aviation générale !
Avez-vous noté que New Piper a été racheté par le Sultan de Bruneï avec l’intention affichée de prendre ce marché ?"
>> Article extrait de "Libre opinion" (page 74) du mensuel Info Pilote numéro 646 paru en janvier 2010. Avec l'aimable autorisation de son auteur Pierre Duval, pilote privé.
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